À STEVE

Des milliers de personnes dansent sur l’île de Nantes, le soir de la fête de la musique. La police attaque. Gaz, grenades explosives, coups de matraques, tirs de balles en caoutchouc. La raison ? Il n’y en a pas. Ou si peu. La musique aurait dépassé de quelques minutes l’horaire prévu. Une raison dérisoire, presque obscène vu la violence déployée.

                La panique est immense, la confusion totale. 14 personnes perdues dans les gaz tombent de plusieurs mètres dans l’eau tourbillonnante et froide de la Loire. Un jeune de 24 ans, Steve, en mourra.

                La vérité, c’est qu’il aurait pu y avoir des centaines de personnes dans l’eau et des dizaines de morts à Nantes, ce soir là. La vérité, c’est que la police mène désormais une guerre permanente contre la population. Qu’elle frappe tout ce qui pourrait déborder : manifestations, fêtes, occupations, moments de joie. C’est la vie même qui finira par être réprimée !

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L’UPR joint sa voix à celles d’autres forces politiques et syndicales pour demander la démission de Christophe Castaner. Le ministre de l’Intérieur a prouvé sa nocivité vis-à-vis de la France et des Français, en se rendant responsable de plusieurs morts, de dizaines de mutilations et d’un recul considérable des libertés publiques et de l’État de droit en France.

                Ce bilan est bien pire que celui de François de Rugy qui, s’il a dû démissionner pour avoir dilapidé des fonds publics en homards et en vins fins, n’avait, au moins, pas de sang sur les mains.

                La mort de Steve Maia Caniço à Nantes, à la suite de sa chute dans la Loire, provoquée par des affrontements avec la police, le soir de la Fête de la musique, n’est pas seulement une tragédie pour sa famille et ses proches. Elle est aussi la confirmation du recul accéléré des libertés publiques et de l’État de droit en France, que les Français et le monde entier observent avec effroi depuis plusieurs mois.

                Elle s’ajoute à la mort de Zineb Redouane, le 2 décembre 2018, atteinte en pleine tête par une grenade lacrymogène tirée par la police à Marseille.

La réaction des pouvoirs publics et de la majorité « En marche » à la mort de Steve Maia Caniço, jeune homme de 24 ans, est proprement abjecte.

                Aucune excuse n’a été formulée par M. Castaner, ni par M. Philippe, ni par M. Macron. Encore moins par la « Macronie » en général, connue pour sa morgue d’Ancien régime et pour son arrogance. Aucune démission n’est sur la table.

                Pire, l’exécutif a contraint l’Inspection générale de la police nationale (IGPN) à livrer sur cette affaire un rapport à l’évidence hâtif et falsifié, qui affirme qu’il n’y aurait aucun « lien entre l’intervention de forces de police et la disparition de Steve Maia Caniço » quai Wilson, à Nantes, le 21 juin dernier.

                La crédibilité de l’IGPN, qui dépend directement du ministre de l’Intérieur, avait déjà été sérieusement écornée quand M. Castaner avait osé faire dire à sa responsable, en juin 2019, Mme Brigitte Jullien, qu’il n’y avait eu aucune violence policière dans les manifestations de ces derniers mois !

                À entendre l’exécutif, ce serait donc tout à fait par hasard que Steve Maia Caniço est tombé dans la Loire avec plus d’une dizaine d’autres personnes, et que des dizaines de manifestants ont perdu un œil ou une main dans les manifestations des derniers mois. Sans parler des milliers « d’arrestations préventives » de Gilets jaunes et des gardes à vues abusives, totalement contraires à la loi et à la liberté de manifester.

Peu à peu, l’arbitraire est en train de supplanter l’État de droit.

                Comme l’a dénoncé récemment la Commission des Droits de l’Homme de l’ONU par la bouche de Mme Bachelet, ancienne présidente de la République du Chili, le régime de Macron dégrade la situation des libertés publiques en France à un stade comparable à celui de Haïti ou du Zimbabwe.

                La justice elle-même n’est pas épargnée par certains abus scandaleux, révélateurs des pressions que la Macronie exerce sur elle.

                Le procureur de Nice a ainsi reconnu, il y a quelques jours, avoir sciemment menti pour protéger le président de la République, qui avait affirmé que Geneviève Legay, militante Gilet jaune de 73 ans, n’avait pas « été en contact avec les forces de l’ordre », lors de la charge de police où elle avait été grièvement blessée, le 23 mars 2019. La vérité est qu’un fonctionnaire de police avait bel et bien bousculé la manifestante.

                On imagine les cris d’indignation démocratique des tartuffes qui nous gouvernent si c’était dans l’Amérique de Donald Trump, dans la Russie de Vladimir Poutine, dans la Hongrie de Viktor Orban ou dans le Royaume-Uni de Boris Johnson, que l’on apprenait que des procureurs avaient été contraints de mentir pour protéger l’exécutif !

Castaner est également hautement nocif pour la santé des agents de son propre ministère.

                Les méthodes violentes qu’il impose aux forces de l’ordre, les conditions de travail déplorables des fonctionnaires de police, le sentiment partagé par beaucoup d’entre eux d’œuvrer non plus pour la République mais pour un gang mafieux, engendrent un désespoir généralisé dans les rangs et poussent un nombre sans cesse croissant de policiers au suicide.

                En 7 mois cette année, 46 policiers se sont suicidés, contre 35 sur l’ensemble de l’année 2018.

                Sous la contrainte d’un exécutif parti en guerre contre les Français, l’appareil d’État se retrouve forcé de défendre les mensonges du régime de Macron, ainsi que son recours, désormais hors de contrôle, à la violence.

                On notera au passage, dans ce contexte détestable, le silence complice des institutions européennes. On notera aussi, le « deux poids deux mesures » bouffon de l’Union européenne, qui n’a pas hésité, il y a quelques jours, à vilipender le maintien de l’ordre du gouvernement russe, somme toute beaucoup moins violent que ce à quoi l’on assiste en France, depuis presqu’un an.

                On notera par ailleurs que, le 30 juillet, des députés LREM ont appelé à ne pas « s’habituer à l’intolérable ». Par cette expression de vertu outragée, ils n’entendaient pas dénoncer les manifestants éborgnés, ni les mains arrachées du régime Macron. Ils ne parlaient pas davantage des morts violentes de Zineb Redouane ou de Steve Maia Caniço. Non, ils parlaient des menues dégradations infligées à leurs permanences par des agriculteurs, poussés au désespoir par leur vote en faveur du CETA à l’Assemblée nationale. M. Castaner, jamais à court d’huile à jeter sur le feu, a d’ailleurs qualifié ces actes d’« attentats ».

La Macronie devrait prendre garde !

                C’est elle qui attente aux libertés publiques, à l’état de droit et même à l’intégrité physique d’un certain nombre de citoyens. Elle attente aussi au niveau de vie des Français, à leur démocratie, à la qualité de leur alimentation et de leur environnement, à leur protection sociale, à leurs services publics, à leur patrimoine public, à l’indépendance de leur pays.

                En vérité, le régime de Macron devrait s’estimer heureux : il a semé la tempête, et il ne récolte que le vent. Du moins pour l’instant.

François Asselineau, Président de l’Union populaire républicaine, communiqué de presse du 1er août 2019

Publié dans Morphéus n°95 sept-oct 2019