La croyance en la transmigration des âmes, tout comme la croyance en l’âme elle-même, est répandue dans la plupart des religions. Selon ce concept, l’âme s’incarne non pas une seule fois, mais d’innombrables fois. Pour diverses raisons, une personne ne se souvient pas de ses incarnations précédentes, cependant, le souvenir de celles-ci demeure dans son subconscient et l’aide tout au long de sa vie. Par exemple, ce que nous appelons talent, don et intuition, ne sont rien d’autre que l’expérience acquise lors d’incarnations antérieures. Si une personne, par exemple, a appris à bien dessiner, il y a de fortes chances que, lors de sa prochaine incarnation, son talent artistique s’éveille.
Le Druidisme, le Proto-christianisme, l’Hindouisme, le Bouddhisme et le Taoïsme, interprètent la réincarnation de manière similaire. La vie est une série infinie de réincarnations. L’âme peut habiter un humain, un animal ou une plante – tout dépend de son karma. Le karma est la somme de nos actions qui, tel un fil conducteur, nous poursuit à travers toutes nos réincarnations. Plus notre karma est lourd, plus notre prochaine incarnation sera mauvaise. L’âme pourra même être détruite si elle est totalement souillée. Ce n’est qu’en purifiant complètement son karma que l’on peut rompre cette chaîne des réincarnations et atteindre l’illumination, l’apothéose des Grecs ou l’éthérisation du corps physique des alchimistes. Pour une âme noire, vouée à l’annihilation par les lois célestes, sa seule manière de subsister est de transmigrer dans un autre corps vivant au moment de la mort, afin de se maintenir sur le plan terrestre. Elle vampirise alors un jeune être vivant choisi, éjecte son âme et prend possession de son corps. De nombreux textes bouddhistes et taoïstes évoquent ce genre de transmigration nuisible.
On sait que le Tibet était une effroyable théocratie patriarcale, exerçant le droit de vie et de mort sur l’ensemble du peuple tibétain. Un lama valait son poids en or, un paysan valait son poids en paille. Alors que les plus extraordinaires enseignements spirituels on été conservés au Tibet, les Écoles se faisaient la guerre, usant de cruauté au lieu de compassion, imposant l’ignorance et la soumission plutôt que la bienveillance, en vue du bien des êtres. Par ailleurs, des ordres tibétains ont bien embrassé l’idéologie nazie du Troisième Reich, sans se soucier le moins du monde d’une quelconque éthique. Cela contrevient à tous les préceptes bouddhistes de respect de la vie sous toutes ses formes.
On dit d’ordinaire que, depuis 14 incarnations, le dalaï-lama a renoncé au nirvana pour se consacrer au salut de l’humanité. Il s’agit donc de la même âme, qui a transmigré 13 fois d’un corps à un autre au moment de la mort, sans passer par le cycle naturel des renaissances. Avant de mourir, à chaque fois, le dalaï-lama choisit un enfant pour prendre possession de son corps par un transfert de sa conscience et de son esprit. En procédant de la sorte, l’âme de l’enfant est évacuée du corps, laissant place à l’âme et à la conscience du lama. Avant de transmigrer, le lama prend soin de prophétiser sa réincarnation à tel moment, dans tel ou tel village.
Alors, la recherche de son nouveau corps commence. Le nouveau dalaï-lama est identifié par plusieurs signes, mais surtout, par sa capacité à reconnaître les symboles du pouvoir du souverain précédent, qui lui sont présentés parmi une multitude de bibelots. Il reçoit ensuite son éducation dans une école monastique spéciale.
Selon Oleg Greig, l’éducation se limite principalement à l’entraînement physique. Quant aux arts et aux sciences, le cursus est assez superficiel. L’accent est mis sur de nouvelles connaissances que son prédécesseur ne pouvait connaître. Les méthodes éducatives visent à rétablir le continuum rompu de la conscience, passée d’un corps à un autre. Vers l’âge de 13 ans, le continuum est rétabli et le lama accède alors à toutes les connaissances de ses vies passées, il peut donc régner.
Cette capacité des lamas tibétains à maîtriser la transmigration pose question. À chaque transmigration, l’âme et la destinée du futur hôte sont détruites d’une certaine manière. Or, dans l’univers bouddhiste, tuer le plus petit insecte est un crime. Alors, que penser de la dévastation de la conscience d’un enfant pour posséder son corps ? C’est, du point de vue de la création, un acte de magie noire, une forme de vampirisme transmigratoire. Les lamas pratiquant cette doctrine ont un incommensurable savoir certes, mais sont-ils d’une incommensurable sagesse et bienveillance ? On est en droit d’en douter. Ils transgressent les lois cosmiques qui veulent que chaque vie, âme et conscience soient respectées sur Terre.
Cette doctrine du transfert de la conscience-esprit, au moment du décès, intéressait grandement l’Allemagne nazie. En effet, si une armée a le pouvoir de recycler les âmes de ses soldats morts au combat, elle devient invincible…
En 1939, l’expédition au Tibet d’Ernst Schäfer visait à rapporter ces compétences et savoirs métapsychiques en Allemagne, avec la collaboration de lamas tibétains. Combinés avec une technologie de pointe pour l’époque, les nazis voulaient pouvoir capter une âme et la transférer dans un corps neuf et génétiquement sélectionné. Réincarner l’âme de chefs SS morts au combat dans des corps neufs, faisait partie des recherches les plus secrètes de l’Ahnenerbe. L’objectif ultime était d’atteindre ainsi l’immortalité pour les troupes d’élites et tous les dignitaires du Troisième Reich.
Ce genre de projet intéressa toutes les armées en 1945. L’OSS, ancêtre de la CIA, recherchait ce genre d’informations à des fins militaires. Le dalaï-lama fut financé afin qu’il transfert toutes ses connaissances aux USA au profit du complexe militaro-industriel. Le Vatican entretint aussi des relations étroites avec les lamas tibétains sans doute aussi dans l’intérêt de son armée secrète jésuite.
Disposer de surhommes génétiquement améliorés et ré-incarnables à souhait, permet de concevoir une armée pour ainsi dire immortelle. Prendre le contrôle des âmes et les recycler, en fonction de ses besoins économiques, industriels, militaires, scientifiques ou politiques n’est-ce pas la panacée pour un gouvernement mondial ?
En 2012, l’idée de transfert de conscience est devenue une réalité avec le projet Avatar 2045, soutenu précisément par le dalaï-lama. Aujourd’hui, les discours transhumanistes parlent ouvertement de vaincre la mort en transférant sa conscience dans un cyborg ou un hologramme. La course à l’immortalité cybernétique pour devenir un dieu numérique est ouvertement débattue…
Qu’adviendrait-t-il si plus aucune âme ne passait par le cycle naturel de réincarnation ? La Terre deviendrait-elle un monde cybernétique coupé des lois de la création ? Une telle planète aurait-elle sa place dans l’univers ? Une telle folie démiurgique généralisée serait vite annihilée par les lois et intelligences célestes à l’origine de toute vie.
Frédéric Morin
Sources : « La vie de Marpa le traducteur » de Jacques Bacot, librairie orientaliste P. Geuthner, 1985, et dossiers déclassifiés d’Oleg Greig